Ethymologies gaie

homo sexuel & homo sapiens

Nous sommes tous, hommes et femmes, des homos!… sapiens certes, mais homos quand même! Cependant il ne faut pas confondre l’homo latin et l’homo grec! Le premier désigne l’homme, c’est à dire l’être humain, le second s’emploie pour désigner ce qui est identique. Le premier vient du latin homo,-inis et le second du grec homo: un homonyme, c’est celui qui porte le même nom. Qu’est-ce qu’une relation homosexuelle? Une relation sexuelle avec un être du même sexe.

L’homo sapiens, c’est l’homme intelligent, qui succède dans le temps à l’homo erectus : l’homme dressé (alors que l’animal est à quatre pattes).

L’homosexuel est contre-nature pour un puriste de la langue. Certains n’aiment pas le mélange des sexes, d’autres n’apprécient guère le mélange des racines… en l’occurrence grecque et latine! En effet, le préfixe homo- est grec et le radical vient du latin sexualis. Quand on crée un néologisme, on évite autant que possible le croisement des langues!
En outre, il s’agit à l’origine d’un adjectif dont on a fait un substantif étrange. Car si on peut parler de relations homosexuelles comme de relations sexuelles particulières, on ne dit pas d’un homme qu’il est un sexuel, alors qu’on parle d’un homosexuel…

homosexuel & homophylophile

Et quel terme emploie-t-on aujourd’hui en Grèce ? Un homosexuel porte le nom (entièrement grec!) d’homophylophile

  • le préfixe homo-, du grec ancien: même
  • phylo-, du grec ancien: sexe, c’est à dire genre (sexe masculin, sexe féminin)
  • le suffixe -phile, du grec ancien ; aimer

Ainsi, un homophylophile aime celui du même sexe. Le grec est plus cohérent que nos langues occidentales! L’homosexualité est contre-nature, vive l’homophylophilie!

straight & gay

Quand un mot a une connotation péjorative, on crée un euphémisme! Et pour faire “in”, rien de mieux qu’un américanisme! Ainsi, plutôt que de parler de noir (ou pire, de nègre!), on utilise le terme soi-disant branché de black! Plutôt que de se présenter comme un homo, on préfère celui de gay. Mais pourquoi toujours utiliser un américanisme pour revendiquer la fierté d’être ce que l’on est?

L’homosexualité rend-elle les hommes plus gais? Le sexe gay s’oppose-t-il au sexe triste?
A l’origine, une gay life (vie gaie), c’est une vie dissolue qui s’oppose à une straight life (vie droite, c’est à dire conforme aux valeurs traditionnelles): pas de sexualité en dehors du mariage! La gay attitude désignait à l’origine les aventures extra-conjugales, et ce quelque soit le sexe du partenaire qui pouvait être un amant, une maîtresse ou une prostituée…

En français, gay se prononce comme gai. C’est un homo-nyme! Pratique pour les jeux de mots: ainsi, quand on boit trop, on devient un peu gay!

En anglais, gay se prononce (gueille), à ne pas confondre avec guy, qui se prononce (gaille) et signifie mec: a gay guy, c’est donc un mec homo.

L’anglais vient de l’ancien français gay, mot d’origine germanique et qui a connu sa gloire dans la littérature occitane : lou gai sabé, c’est le gay savoir. C’est le plaisir d’apprendre, la joie de se cultiver!

rose & mauve

Puis apparaît le pink (= rose, en anglais): plutôt que de créer une chaîne de télé gay et lesbienne, on crée la télé pink! Il présente l’avantage d’être unisexe et concerne aussi bien les gays que les lesbiennes. Mais cela fait quand même très féminin puisque la couleur rose est en général réservée aux filles… et un gay n’est pas forcément un efféminé!
Ni rose, ni bleu, le sexe sans frontière, c’est le mauve!

A l’origine pink désigne une fleur: œillet. C’est la fleur qui a donné son nom à la couleur, tout comme en français la rose a donné son nom à la couleur rose (du latin rosa) et la mauve (du latin malva) a donné son nom à la couleur mauve! En anglais, la fleur se dit mallow et la couleur mauve, comme en français.

gay & lesbienne

Une Lesbienne, c’est à l’origine une habitante de l’île de Lesbos (se prononce lésvos en grec moderne). Les habitants -mâles- s’appellent donc des Lesbiens. Lesbos est une île grecque de la mer Egée, proche de la Turquie. La poète Sapho était Lesbienne (VIe siècle), en grec Sapphô. Et parce qu’elle écrivait des vers sur l’amour entre femmes, lesbienne est devenue synonyme d’homosexuelle. Mais de quel amour s’agit-il exactement? Difficile à préciser car il ne nous reste que des fragments de ses œuvres. Si Sapho était née en Corse, les Corses seraient des Lesbiennes!

Lesbienne est ainsi devenu le féminin de gay: on aurait pu avoir un couple lesbien et lesbienne, ou gay et… gay, mais on ne mélange ni les genres ni les sexes! Cependant, une lesbienne n’en demeure pas moins une homosexuelle: mais se présenter comme une homo ne fait guère féminin!

pédéraste et pédophile

En grec ancien, l’homosexuel est désigné avec le terme pédéraste: c’est celui qui est amoureux des jeunes garçons… mais néanmoins pubères! Le pédophile n’existe pas en grec ancien mais on rencontre celui de philopaide: c’est celui qui aime ses enfants ou celui qui aime les enfants, comme le philosophe est celui qui aime la sagesse.
Le pédophile est un mot créé à partir du grec: c’est la construction inversée de philopaide: les lettres [ai] sont parfois retranscrites [è]. Ce suffixe -phile est gênant car la philia grecque n’a rien de pervers. En grec moderne, philos désigne l’ami. Le francophile, c’est celui qui aime la culture française et non celui qui viole les jeunes français!
La racine péd- désigne l’enfant et se rencontre aussi chez le pédiatre: le médecin des enfants.

philandre et philogyne

Dans la même famille que le philopaide, on peut encore noter, en grec ancien:

  • le philanthrope qui aime les êtres humains; la philanthropie, c’est l’amour pour les hommes.
  • le philadelphe qui aime ses frères ou sœurs ; la philadelphie c’est l’amour fraternel. C’est aussi le nom d’une ville, autrefois de Lydie, aujourd’hui des Etats-Unis.
  • le philogyne qui aime sa femme, racine que l’on retrouve chez le gynécologue le médecin spécialiste des femmes. La philogynie, c’est l’amour pour sa femme.
  • le philandre qui aime son homme. La philandrie, c’est l’amour pour son homme. Cette racine se retrouve chez André, le prénom viril par excellence.

Il est amusant de noter le sens du mot androgyne: en grec ancien il a un sens proche du français: c’est un hermaphrodite ou bien un homme efféminé, une femme virile. Mais en grec moderne, le sens est différent: il désigne tout simplement un couple (composé d’un homme et d’une femme).
La gynécomanie désigne la folle passion pour les femmes et l’andromanie, la folle passion pour les hommes.

homophobe et homophile

Puis on inventa l’homophobe: celui qui déteste les homos. En réalité, le suffixe -phobe désigne celui qui a peur! Celui qui déteste, c’est le miso! Le misogyne déteste les femmes, le misanthrope déteste les hommes (les êtres humains). Plusieurs mots modernes construits avec le suffixe -phobe sont les contraires des mots en -phile: au francophile s’oppose le francophobe. Si l’homophobe déteste les homos, alors l’homophile désigne celui qui aime les homos… mais pas sexuellement! C’est l’ami des gays, à ne pas confondre avec l’amoureux des hommes!

homosexuel et hétérosexuel

Pour désigner ceux qui ne sont pas comme eux, les homosexuels ont créé l’hétérosexuel. Un homosexuel est attiré par une personne du même sexe, et l’hétérosexuel, par une personne de sexe différent. Le grec hétéro désigne l’autre. A ne pas confondre avec le bisexuel qui est attiré par les deux sexes. Le préfixe bi- est latin ; en grec on dit amphi- : en grec moderne, le bisexuel porte le nom d’amphiphylophile.
Puisque bi- s’oppose à mono-, il ne reste qu’à créer le monosexuel, attiré uniquement par des personnes d’un seul sexe : les homos et les hétéros sont donc tous des monos!
Et, enfin, pour clore la liste, l’autosexuel, c’est celui qui fait l’amour tout seul! L’autosexualité, c’est quand même plus juste que ce terme d’autoérotisme que l’on trouve dans certains dictionnaires!


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